La Communauté d’Afrique de l’Est franchit une nouvelle étape dans son ambition de bâtir un marché numérique régional intégré. Réunis à Dar es Salaam depuis le 25 mai 2026, des experts des télécommunications, des régulateurs et des décideurs politiques examinent un projet de cadre régional harmonisé destiné à rendre les services d’itinérance mobile plus accessibles et moins coûteux à travers la région. Ces travaux se poursuivront jusqu’au 29 mai 2026.
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie de l’EAC visant à renforcer l’intégration économique et numérique entre les États membres, alors que les coûts élevés du roaming continuent de freiner les échanges commerciaux, la mobilité et l’accès aux services numériques.

Dans son mot d’ouverture, le secrétaire général adjoint de l’EAC chargé des infrastructures ainsi que des secteurs productifs, sociaux et politiques, Andrea Ariik Malueth, a insisté sur l’importance stratégique de la connectivité numérique pour l’avenir de la région. Selon lui, la mise en place d’un système d’itinérance harmonisé permettra aux citoyens et aux entreprises de communiquer plus facilement au-delà des frontières nationales, favorisant ainsi le commerce, les investissements et l’intégration régionale.
« Une communication transfrontalière fluide et abordable est essentielle pour soutenir le développement économique et permettre aux populations de participer pleinement à l’économie numérique », a-t-il déclaré.
Dix ans de discussions pour harmoniser le roaming
Les discussions autour de l’itinérance mobile régionale au sein de l’EAC ont officiellement débuté en 2013. Depuis lors, plusieurs initiatives, notamment le programme One Network Area, ont permis d’enregistrer des avancées significatives dans la réduction des coûts des communications entre certains pays membres. Toutefois, malgré le cadre adopté en 2014, des disparités persistent encore entre les États partenaires en matière de réglementation, de fiscalité et de coûts d’interconnexion.
Pour George Lwevoola, président de la réunion et responsable de l’intégration régionale au ministère ougandais des Affaires de l’EAC, le moment est venu de consolider les acquis afin de parvenir à un système régional durable et cohérent.
Dans la région, les commerçants transfrontaliers, les transporteurs, les touristes, les étudiants et les hommes d’affaires restent fortement pénalisés par les coûts élevés de communication lorsqu’ils se déplacent d’un pays à un autre. Les coûts des appels, des SMS et surtout de l’internet mobile continuent de représenter un obstacle majeur à la fluidité des échanges économiques et sociaux.
Les experts de l’EAC estiment qu’un cadre régional harmonisé contribuerait à réduire considérablement ces contraintes et à stimuler le développement du commerce électronique, des paiements numériques et des services en ligne dans toute l’Afrique de l’Est.
Les participants à l’atelier examinent également les conclusions d’une étude régionale réalisée par le Secrétariat de l’EAC avec l’appui de la Banque mondiale dans le cadre du Projet régional d’intégration numérique de l’Afrique de l’Est (EARDIP). Cette étude met en évidence plusieurs défis majeurs, notamment les différences réglementaires entre les pays, les coûts élevés de transit et d’interconnexion, les risques de fraude, les disparités fiscales ainsi que les insuffisances liées à la qualité des services.

Le rapport souligne également que le système actuel demeure principalement orienté vers les communications vocales et ne répond plus aux besoins croissants en services de données mobiles, devenus indispensables à l’économie numérique moderne.
Vers un marché numérique unique régional
Le futur cadre régional prévoit des mesures visant à harmoniser les politiques nationales, à renforcer la protection des consommateurs, à améliorer la qualité des services et à instaurer des tarifs plus abordables.
À terme, l’EAC ambitionne de créer un véritable marché numérique unique où les citoyens et les entreprises pourront communiquer, effectuer des transactions et accéder aux services numériques sans contraintes majeures liées aux frontières.
Les recommandations issues des travaux de Dar es Salaam seront soumises au Conseil sectoriel des transports, des communications et de la météorologie de l’EAC pour examen et adoption.

Plusieurs organisations régionales, dont IGAD, Smart Africa Alliance et Organisation des communications de l’Afrique de l’Est, prennent également part à ces discussions stratégiques pour l’avenir numérique de la région.
Olivier Kaforo


