Depuis octobre 2024, le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo (RDC) prend de l’ampleur. Portée au plus haut niveau de l’État, cette initiative s’inscrit dans un contexte politique marqué par la réélection du président Félix Tshisekedi et par des discussions sur l’évolution des institutions du pays.
Lors d’un meeting à Kisangani, le président Félix Tshisekedi a évoqué la mise en place d’une commission chargée de réfléchir à une nouvelle Constitution. Il a toutefois insisté sur le principe selon lequel toute modification touchant aux mandats présidentiels devrait relever de la volonté populaire. Quelques semaines plus tard à Lubumbashi, il a réaffirmé cette position, malgré les critiques formulées par l’opposition et plusieurs acteurs de la société civile.
Dans la même dynamique, dès octobre 2024, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a adressé une directive aux structures du parti afin de mobiliser en faveur d’une révision constitutionnelle. Le camp présidentiel justifie cette démarche par un double argument : un engagement politique et un héritage idéologique lié à Étienne Tshisekedi. Selon cette lecture, la Constitution actuelle ne refléterait plus les réalités du pays et aurait été conçue dans un contexte jugé extérieur.
Un débat juridique sensible
Le camp au pouvoir évite de remettre directement en cause l’article 220, qui protège notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels. Il privilégie plutôt une interprétation d’autres dispositions constitutionnelles.
En novembre 2024, Félix Tshisekedi a notamment cité l’article 217, qui autorise la RDC à conclure des accords comportant des transferts partiels de souveraineté dans le cadre de l’intégration africaine. Cette lecture est vivement contestée par plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu et Moïse Katumbi, qui estiment que cet article est détourné de son sens initial.
En avril 2026, André Mbata annonce le lancement d’une large consultation nationale ouverte aux partis politiques, aux ONG, aux confessions religieuses, aux syndicats et aux citoyens. Les contributions doivent être déposées avant le 20 mai. Une commission technique est ensuite chargée d’en analyser le contenu avant de transmettre un rapport au président, qui aura le dernier mot.
Cette démarche est perçue par l’opposition, notamment les élus proches de Moïse Katumbi, comme une stratégie politique pouvant ouvrir la voie à un maintien prolongé du pouvoir. Le camp de Martin Fayulu, pour sa part, critique une initiative jugée éloignée des préoccupations sociales telles que l’accès à l’eau, à l’électricité ou la sécurité.
Le débat autour du référendum
Un projet de loi portant sur l’organisation d’un référendum est déposé à l’Assemblée nationale par le député Gaspard Ngondankoy, où il est déclaré recevable. L’opposition y voit une tentative de contourner les protections de l’article 220 via la voie référendaire.
Le député défend au contraire l’idée selon laquelle le peuple souverain conserve le droit de réviser l’ensemble des dispositions constitutionnelles, y compris celles considérées comme intangibles.
Ce débat ravive également des tensions institutionnelles autour du rôle de certains responsables politiques impliqués à la fois dans l’exécutif et dans les commissions parlementaires chargées d’examiner ces textes.
Dans ce contexte, certaines Églises de réveil se mobilisent également. Le pasteur Ejiba Yamapia a initié des rencontres entre responsables religieux afin de structurer une plateforme de réflexion sur la question constitutionnelle.
De son côté, l’Église catholique, à travers la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), poursuit ses consultations internes et exprime des réserves face à toute modification de l’article 220.
Un pouvoir en position de force ?
Plusieurs observateurs estiment que le pouvoir exécutif dispose aujourd’hui de plusieurs leviers favorables à une réforme d’envergure.
Parmi eux figurent l’ancrage organisationnel de l’UDPS et sa capacité de mobilisation, une discipline politique interne stricte, ainsi qu’un Parlement largement dominé par la coalition présidentielle, facilitant l’adoption de textes institutionnels majeurs.
S’ajoute également un facteur sécuritaire, avec la recomposition récente des structures militaires et des services de renseignement sous l’autorité de l’exécutif. Enfin, des alliances diplomatiques, notamment avec les États-Unis, renforcent la position du pouvoir dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.
Le débat sur la révision constitutionnelle en RDC met en lumière des visions opposées de la gouvernance et de la souveraineté. Entre initiatives institutionnelles, interprétations juridiques et mobilisations politiques et religieuses, il révèle des lignes de fracture profondes sur l’avenir du système politique congolais.
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