À mesure que l’économie numérique transforme les échanges commerciaux à travers le monde, l’Afrique de l’Est entend lever l’un des principaux obstacles à son intégration régionale : les paiements transfrontaliers coûteux, lents et fragmentés.

Réunis à Nairobi du 7 au 8 mai lors d’un atelier régional destiné aux médias, les experts de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ont présenté les avancées du projet EARDIP, une initiative soutenue par la Banque mondiale visant à bâtir un marché numérique intégré dans les espaces EAC et IGAD. Au cœur des échanges figurait la composante 3 du programme EARDIP, consacrée au développement et à l’intégration du marché en ligne.
Dans un exposé consacré à cette thématique, Julius K. Mutemi, expert en systèmes de paiement de l’EAC EARDIP, a soutenu que les paiements électroniques constituent « l’épine dorsale financière d’une économie numérique moderne ». À cet effet, l’expert estime qu’il est temps de rendre aussi simple un paiement vers un autre pays de la région qu’un paiement local.
Aujourd’hui, transférer de l’argent d’un pays à un autre dans la région demeure une opération complexe et coûteuse. L’Afrique subsaharienne affiche encore les coûts de transfert de fonds les plus élevés au monde, avec des frais dépassant en moyenne 7 %. À cela s’ajoutent des délais de règlement pouvant aller de deux à cinq jours, ralentissant les échanges commerciaux et limitant l’inclusion financière.
Une situation qui pénalise particulièrement les petites entreprises, les commerçants transfrontaliers et les citoyens qui soutiennent leurs familles grâce aux transferts d’argent. Les différences réglementaires entre les États membres compliquent également la conformité pour les banques et les opérateurs financiers.
Pour Julius K. Mutemi, cette fragmentation représente un frein majeur à l’intégration économique régionale. « Chaque État possède ses propres règles, ses standards techniques et ses mécanismes de supervision. Cela crée des coûts supplémentaires et des risques importants pour les opérateurs », a-t-il souligné.

Face à ces défis, l’EARDIP entend mettre en place une infrastructure régionale harmonisée capable de fluidifier les transactions numériques. Le projet prévoit notamment l’harmonisation des cadres juridiques et réglementaires régissant les paiements transfrontaliers dans la région. Il ambitionne également de développer des normes communes de messagerie financière basées sur le standard international ISO 20022 afin de permettre l’interopérabilité entre les systèmes nationaux de paiement.
L’initiative inclut aussi le renforcement des mécanismes de lutte contre la fraude, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que l’établissement de systèmes de surveillance coopérative entre les banques centrales et les autorités de régulation.
Selon les responsables du programme, quatre cadres réglementaires essentiels sont déjà en cours de développement. Ils concernent notamment la conformité LBC/FT, les standards de messagerie, les dispositifs d’atténuation de la fraude et la supervision régionale des systèmes de paiement.
Vers un marché numérique intégré
Au-delà des aspects techniques, les promoteurs du projet estiment que l’intégration des paiements numériques pourrait transformer profondément l’économie régionale. Des paiements plus rapides et moins coûteux devraient ainsi faciliter le commerce électronique, stimuler les investissements et permettre à davantage de citoyens d’accéder aux services financiers numériques. Les femmes, les jeunes entrepreneurs et les petites entreprises figurent parmi les principaux bénéficiaires attendus.
Le projet vise également à réduire les barrières historiques au commerce régional en créant un environnement financier plus fluide et plus sécurisé.
« L’Afrique de l’Est construit les fondations d’une véritable économie numérique régionale. Les paiements électroniques sont au centre de cette transformation », a affirmé Julius K. Mutemi.
Malgré les avancées annoncées, plusieurs défis demeurent. Les différences de niveau de développement des systèmes nationaux de paiement compliquent l’harmonisation régionale. Certains pays disposent déjà d’infrastructures avancées, tandis que d’autres accusent encore un retard important.
La cybersécurité constitue également une préoccupation majeure. Les systèmes de paiement numériques sont devenus des cibles privilégiées pour les réseaux de fraude et la criminalité financière transfrontalière.
Pour répondre à ces risques, l’EARDIP prévoit la mise en place d’un cadre régional d’atténuation de la fraude ainsi que de mécanismes renforcés de surveillance coopérative. Les responsables du projet reconnaissent également que les procédures institutionnelles et les exigences liées à la passation des marchés peuvent ralentir certaines phases de mise en œuvre. Toutefois, ils assurent que les mécanismes de supervision de la Banque mondiale visent à garantir la transparence et la qualité du processus.
Les médias appelés à accompagner l’intégration numérique
L’atelier organisé à Nairobi avait précisément pour objectif de sensibiliser les journalistes aux enjeux de l’intégration numérique régionale. Pour les organisateurs, les médias jouent un rôle clé dans la vulgarisation des politiques numériques et dans l’accompagnement des populations face aux transformations technologiques.

À travers l’EARDIP, la Communauté d’Afrique de l’Est, l’IGAD et la Banque mondiale veulent démontrer que l’intégration numérique ne relève plus uniquement d’une ambition politique, mais d’un chantier concret déjà en cours sur le terrain. Des travaux techniques sont d’ailleurs engagés pour connecter des systèmes nationaux comme TIPS à la plateforme régionale RSWITCH, avec l’objectif de bâtir progressivement un espace régional de paiement numérique unifié.
Pour les initiateurs du projet, les bénéficiaires ultimes de cette transformation restent les citoyens est-africains, appelés à évoluer dans une économie plus connectée, plus rapide et plus inclusive.
Il faut noter que le projet régional d’intégration numérique en Afrique de l’Est (EARDIP), avec le soutien de la Banque mondiale, fait directement progresser la vision de l’IGAD en matière d’intégration régionale, de croissance économique inclusive et de développement durable en créant un marché numérique harmonisé dans tous les États membres.
Chronik’Eco


