Les relations économiques entre la République démocratique du Congo et la France évoluent dans un contexte où les repositionnements internationaux redéfinissent les stratégies d’investissement. À Kinshasa, le Vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a replacé ces échanges dans une dynamique plus large, à l’occasion de la 9ᵉ édition de la Semaine française tenue du 22 au 24 avril, un cadre de dialogue entre acteurs publics et privés.
Avec un volume d’échanges commerciaux estimé à un peu plus de 200 millions de dollars sur la période 2021-2022, la relation bilatérale repose sur une base existante mais encore modeste. Ce niveau contraste avec d’autres économies francophones africaines qui ont su capter davantage de flux d’investissements structurants.
Au Sénégal, la stratégie d’attractivité s’est traduite par une montée en puissance des investissements directs étrangers, notamment dans l’énergie et les hydrocarbures. Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim illustre cette dynamique. Situé à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie, ce projet offshore vise la production de gaz naturel liquéfié destiné à l’exportation. Il mobilise des partenaires internationaux et s’inscrit dans une logique de structuration du secteur énergétique, avec des retombées attendues en recettes publiques et en transformation économique.
Au Maroc, l’approche est plus systémique. Le pays a progressivement construit un tissu industriel intégré, notamment dans l’automobile et l’aéronautique. L’installation de chaînes de production complètes, appuyée par des zones industrielles dédiées, une logistique compétitive et des incitations fiscales ciblées, a permis d’attirer durablement les capitaux étrangers et de diversifier les exportations.

L’Égypte suit une trajectoire comparable, fondée sur de grands projets d’infrastructures et des zones économiques spéciales. L’expansion du canal de Suez et le développement de corridors industriels ont contribué à renforcer l’attractivité du pays, en facilitant l’implantation d’investisseurs internationaux dans l’industrie et l’énergie.
Comparée à ces trajectoires, la RDC reste à un stade intermédiaire. Le potentiel est largement reconnu, notamment dans les ressources naturelles et l’énergie, mais la transformation de ce potentiel en investissements industriels reste limitée. Les flux d’investissements étrangers y demeurent concentrés dans le secteur extractif, avec une faible intégration dans des chaînes de valeur locales.
Des analyses du African Center for Economic Transformation et du Center for Strategic and International Studies mettent en évidence un point de convergence : les économies qui captent durablement les investissements sont celles qui combinent stabilité réglementaire, infrastructures adaptées et politiques industrielles cohérentes. La capacité à transformer localement les ressources apparaît comme un facteur déterminant.
Dans ce contexte, la relation entre la RDC et la France pourrait évoluer vers une dynamique plus intégrée. Les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agro-industrie et des services offrent des perspectives, en cohérence avec les priorités de diversification économique du pays.
Les experts du secteur insistent sur plusieurs leviers. La sécurisation du cadre juridique reste essentielle pour rassurer les investisseurs. La structuration de projets à forte valeur ajoutée permettrait de capter davantage de richesse localement. Enfin, l’amélioration des infrastructures logistiques et énergétiques constitue un préalable pour renforcer la compétitivité globale.
La comparaison avec des économies comme le Sénégal, le Maroc ou l’Égypte met en évidence une réalité : l’attractivité ne repose pas uniquement sur les ressources, mais sur la capacité à organiser l’investissement. Dans ce paysage, la RDC dispose d’atouts majeurs, mais leur conversion en flux économiques durables dépendra de la cohérence des réformes engagées et de leur mise en œuvre effective.
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