En lançant sa première Semaine Nationale du Climat, la République démocratique du Congo (RDC) franchit une étape décisive dans la structuration de sa politique climatique et consolide son positionnement comme acteur stratégique du nouvel ordre écologique mondial.
Cet événement, inauguré par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, marque à la fois une démonstration de souveraineté, un instrument de plaidoyer international et un tournant dans la construction d’une économie verte nationale.
Le discours de circonstance prononcé par le président Félix Tshisekedi s’inscrit dans une logique de reconquête de la souveraineté climatique, où la nature devient un actif stratégique et géopolitique. En qualifiant la RDC de « pays-solution » face à la crise mondiale, le chef de l’État réaffirme que la valeur écologique des forêts congolaises doit désormais se traduire en dividendes économiques et diplomatiques.
« Chaque dollar investi en République démocratique du Congo n’est pas une dépense, c’est une assurance vie pour la planète », a-t-il lancé, posant ainsi le cadre d’un nouveau pacte entre la RDC et ses partenaires : celui d’une coopération fondée sur la réciprocité et la justice climatique.

La RDC, forte de ses 170 millions d’hectares de forêts et de son rôle clé dans le Bassin du Congo, entend faire reconnaître son poids écologique au même titre que le pétrole ou les minerais dans les rapports de force mondiaux.
Une stratégie nationale de transition verte
Au cœur de cette vision, le programme « La Forêt, c’est nous » incarne la volonté de la RDC de transformer son capital naturel en moteur de développement.
L’approche ne se limite pas à la conservation : elle articule emploi vert, inclusion sociale et valorisation économique des écosystèmes. L’objectif est clair
faire des forêts et de la biodiversité congolaise les piliers d’une économie bas carbone qui crée de la valeur tout en préservant le vivant.
Ce programme traduit un glissement doctrinal : passer de la logique de compensation à celle d’investissement. La forêt n’est plus présentée comme un bien à préserver pour autrui, mais comme un actif productif, générateur de croissance, d’emplois et de stabilité sociale.
Dans son speech, la Ministre de l’Environnement, Marie Nyange, a renforcé ce message dans un plaidoyer qui conjugue écologie et équité : « La RDC est le cœur vert de l’Afrique, le poumon de la planète, le réservoir d’eau douce qui nourrit des millions de vies. Sans la RDC, il n’y a pas de victoire possible contre le changement climatique. »
Par cette formule, la ministre met en lumière le paradoxe congolais : un pays dont la contribution à l’équilibre climatique mondial est inestimable, mais dont les bénéfices tirés de cette contribution demeurent marginaux. D’où un double impératif : corriger l’asymétrie financière Nord-Sud et obtenir des mécanismes de financement transparents, justes et accessibles, alignés sur les efforts nationaux.
La référence à l’initiative brésilienne Tropical Forest Forever Facilities (TFFF) illustre cette diplomatie de convergence Sud-Sud : la RDC s’allie aux autres puissances forestières pour réclamer une valorisation commune des services écosystémiques tropicaux. C’est une forme d’OPEP verte, où les forêts deviennent le socle d’une alliance politique du climat.
La Semaine du Climat, un laboratoire de la COP30
Cette première édition agit également comme préfiguration de la position congolaise à la COP30. La RDC veut y arriver avec une plateforme claire : reconnaissance du rôle stratégique du Bassin du Congo ; Accès direct aux financements climat ; Renforcement des partenariats technologiques et industriels dans les énergies propres ; Promotion d’une économie inclusive fondée sur le capital naturel.
L’événement réunit l’ensemble des parties prenantes gouvernement, société civile, secteur privé, peuples autochtones dans une logique de coproduction des politiques climatiques. C’est une manière d’ancrer le débat dans la réalité congolaise, tout en le projetant sur la scène globale.
En définitive, cette Semaine du Climat n’est pas seulement un rendez-vous symbolique. Elle marque l’entrée de la RDC dans une phase de diplomatie écologique assumée, où la nature devient un outil d’influence, de négociation et de développement. Elle traduit la maturation d’un État écologique en devenir : conscient de ses richesses, maître de son récit, et résolu à convertir son capital naturel en levier d’émancipation économique.
La RDC, longtemps perçue comme un géant passif du climat, se positionne désormais comme une puissance verte montante, capable de redéfinir les équilibres de la gouvernance climatique mondiale.
CHRONIK’ECO


