La République démocratique du Congo (RDC), premier producteur mondial de cobalt, entend transformer sa richesse minérale en levier de souveraineté économique et industrielle. En levant la suspension des exportations et en instaurant des quotas stricts, Kinshasa vise à contrôler l’offre, stabiliser les prix et valoriser localement le minerai, dans un contexte où la demande mondiale pour ce métal stratégique ne cesse de croître.
La République démocratique du Congo, premier producteur mondial de cobalt, a levé le 16 octobre 2025 la suspension temporaire de ses exportations, tout en introduisant un système strict de quotas. Cette décision vise à contrôler l’offre, stabiliser les prix et renforcer la souveraineté économique du pays dans un contexte de demande mondiale croissante pour ce métal stratégique.
La RDC fournit actuellement plus de 70 % du cobalt mondial, principalement utilisé dans les batteries de véhicules électriques, smartphones et ordinateurs portables. Jusqu’ici, une grande partie du minerai quittait le pays sous forme brute, générant peu de valeur ajoutée locale. La mise en place de quotas répond à trois objectifs principaux : Structurer l’offre et sécuriser les exportations ; Limiter la volatilité des prix sur le marché international ; Encourager la transformation et la valorisation locales, notamment par la création d’usines de raffinage et d’assemblage de batteries.
Le Cobalt Institute estime la demande mondiale pour 2025 à 213 000 tonnes, avec une croissance projetée de 6 % en 2026 et >240 000 tonnes en 2027, soutenue par la transition énergétique et l’électrification des transports.
Le nouveau système congolais fixe un plafond de 96 600 tonnes par an, réparti entre quota de base et quota stratégique. Pour 2025, seules 18 125 tonnes ont été attribuées, exclusivement à des entreprises minières régulières et conformes aux normes.
Le scenario économique immédiat se présente de telle manière que la déduction de l’offre mondiale disponiblerisque de créer une pression à la hausse sur les prix ; augmentation potentielle de 20 à 25 % des revenus unitaires des producteurs congolais, selon les prévisions du marché spot ; consolidation des exportateurs conformes, avec une meilleure traçabilité et sécurisation fiscale.
Projection sur 2026-2027 :
Si la demande croît comme prévu (+6 % par an), les revenus miniers pourraient passer de ≈1,2 milliard USD en 2025 à 1,5–1,6 milliard USD en 2027, sans compter l’effet des prix sur le marché spot ; la valorisation locale pourrait générer un surcroît de revenus de 300 à 500 millions USD par an, via le raffinage et la production d’éléments de batteries. Ainsi, la RDC pourrait capter 10 à 15 % de la valeur ajoutée mondiale du cobalt si des chaînes de transformation et d’exportation semi-finies sont mises en place.
Plusieurs opportunités se présentent, en rapport avec cette stratégie prudentielle. Notamment le positionnement de la RDC comme acteur incontournable dans la chaîne de valeur des batteries électriques ; la création d’emplois et développement industriel autour du raffinage, du stockage et de la production de batteries ;le renforcement de la souveraineté économique et meilleure maîtrise des revenus miniers.
Des risques, il y en a aussi. Ici, il faut évoquer le fait qu’une offre limitée face à une demande croissante pourrait entraîner une hausse des prix susceptible de favoriser des pays producteurs alternatifs. Pour d’autres experts, la recherche de substituts au cobalt pourrait réduire la demande à moyen terme si la RDC ne développe pas la valorisation locale et l’innovation industrielle. L’absence de coordination avec d’autres pays producteurs pourrait limiter l’efficacité des quotas et provoquer des arbitrages internationaux défavorables.
Vers une politique de valorisation et de souveraineté
Freddy Kasongo, secrétaire exécutif de l’Observatoire d’études et d’appui à la responsabilité sociale et environnementale (OAERSE), souligne que « le cobalt est stratégique, technique, économique et sociétal. Les quotas doivent s’accompagner de politiques de valorisation et de transformation locales, afin que la RDC capte une part significative de la chaîne de valeur. »
Ainsi, la RDC ne se contente plus de réguler les exportations : elle ambitionne de transformer le cobalt en levier de puissance économique et industrielle. Les projections économiques montrent que, combinée à la croissance mondiale de la demande et à l’investissement dans la transformation locale, cette stratégie pourrait générer des revenus supérieurs à 2 milliards USD annuels d’ici 2027, tout en plaçant le pays au cœur de la chaîne mondiale de batteries.
La levée des exportations avec quotas et la stratégie de valorisation confirment la volonté de la RDC de passer d’un fournisseur passif à un acteur stratégique du marché mondial, capable de tirer un avantage durable de sa richesse minérale et de sa position dominante dans le cobalt.


