L’émotion suscitée par le cas d’Ebola diagnostiqué en France, chez un médecin humanitaire de retour de mission en République démocratique du Congo, est compréhensible. La santé publique ne souffre ni approximation ni négligence. Mais avant de chercher un coupable unique, il convient de poser toutes les questions, avec la même rigueur pour chaque acteur concerné.
L’épidémie en cours en RDC n’est pas un épisode ordinaire. Causée par la souche rare Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin homologué n’existe à ce jour, elle a déjà dépassé le millier de cas confirmés et compte plusieurs centaines de décès depuis sa déclaration en mai. L’Organisation mondiale de la santé en a fait une urgence de santé publique de portée internationale. C’est dans ce contexte de tension sanitaire réelle, et non par excès de prudence, que chaque maillon de la chaîne de surveillance mérite d’être examiné.
Depuis quelques heures, les critiques se concentrent largement sur les autorités congolaises. Une interrogation tout aussi légitime reste pourtant en retrait : quelle a été la vigilance de l’organisation humanitaire concernée et des structures qui encadraient ce travailleur ? L’ONG Alima indique elle-même qu’une période de quarantaine est habituellement appliquée à ses équipes après tout contact avec des cas confirmés, et dit chercher à comprendre comment la contamination a pu se produire. Cette question, posée par l’organisation elle-même, mérite d’être entendue au même titre que celles adressées à Kinshasa. Si une telle précaution existait, comment ce médecin a-t-il pu embarquer sur un vol international avec des symptômes déjà présents ? Et si elle n’a pas pu être appliquée à temps, qu’est-ce que cela révèle sur les conditions réelles de travail des équipes sur le terrain, plutôt que sur leur seule bonne volonté ?
Ces questions ne visent pas à désigner un bouc émissaire. Elles visent à comprendre, posément, comment une situation à risque a pu se produire, alors que l’épidémie elle-même reste préoccupante.
Les autorités congolaises ont, de leur côté, leur part de questions à assumer. Si des informations sur ce cas étaient disponibles avant le départ, quelles mesures de précaution ont effectivement été prises aux frontières ? Si elles ne l’étaient pas, cela révèle une autre fragilité, plus structurelle, celle de la circulation de l’information entre les multiples acteurs de la riposte, congolais et internationaux.
En matière de santé publique, la responsabilité est rarement individuelle. Organisations humanitaires, employeurs, structures médicales, autorités nationales et partenaires internationaux partagent un même devoir de vigilance. Il serait réducteur de faire porter à une seule institution le poids d’un incident qui semble résulter d’une succession de petites défaillances plutôt que d’une faute isolée.
C’est précisément pour cela qu’une enquête conjointe, associant Alima, les autorités sanitaires congolaises et françaises, ainsi que l’Organisation mondiale de la santé, serait plus utile qu’une polémique à sens unique. Elle permettrait d’établir, avec les mêmes standards pour tous, qui savait quoi, à quel moment, et quelles procédures ont concrètement fonctionné ou non. La confiance du public dans la riposte à venir dépendra moins de la rapidité des accusations que de la qualité de cette transparence partagée.
Serge TSHIANGA,
Doctorant et Chercheur en SIC, UNIKIN


