Le gouvernement congolais durcit le ton face aux activités minières suspectées de porter atteinte aux écosystèmes protégés. Dans un communiqué publié le 2 juin 2026, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a ordonné la suspension immédiate et à titre conservatoire des activités de deux sociétés détentrices de permis de recherche dans les zones adjacentes au Parc national de la Maiko, dans l’est de la République démocratique du Congo.
La mesure vise les permis de recherche n°16591 et n°16594, détenus respectivement par Stone Mining SARLU et Xin Hong Kuan Ye SARL. Selon le ministère des Mines, cette décision fait suite à des alertes formulées par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), qui avait saisi les autorités compétentes en avril dernier sur de possibles violations des législations minière et environnementale dans cette région protégée.
Les autorités reprochent aux deux entreprises plusieurs irrégularités jugées préoccupantes. En premier lieu, elles sont soupçonnées d’avoir mené des activités d’exploitation minière alors qu’elles ne disposent que de permis de recherche. Une telle pratique constituerait une violation du Code minier congolais, qui interdit toute exploitation commerciale avant l’obtention d’un permis spécifique.
Le ministère évoque également une possible infraction à la législation sur la conservation de la nature. La loi congolaise prohibe toute activité susceptible de compromettre les objectifs de protection des aires protégées. Or, les périmètres concernés se situent à proximité immédiate du Parc national de la Maiko, l’un des plus importants réservoirs de biodiversité du pays.
Autre élément de préoccupation : la présence signalée d’individus armés non identifiés dans les zones concernées. Une situation qui renforce les inquiétudes des autorités dans une région où l’insécurité demeure alimentée par l’activisme de plusieurs groupes armés.
Afin d’établir les responsabilités et de vérifier les faits sur le terrain, une mission interministérielle sera déployée dans les prochains jours. Elle réunira des représentants des ministères de l’Intérieur, de la Défense, de l’Environnement et des Mines. Les conclusions de cette mission pourraient conduire à des sanctions plus lourdes, notamment le retrait définitif des titres miniers ou l’engagement de poursuites judiciaires contre les auteurs des infractions qui seraient établies.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire illustre une nouvelle fois la difficile conciliation entre l’exploitation des ressources naturelles et la préservation de l’environnement dans l’est de la RDC.
Créé en 1970, le Parc national de la Maiko s’étend sur plus de 10 800 kilomètres carrés à cheval sur les provinces de la Tshopo, du Maniema et du Nord-Kivu. Cette aire protégée abrite plusieurs espèces emblématiques et menacées, dont l’okapi, le paon du Congo et le gorille des plaines de l’Est. Malgré son statut de parc national, elle reste confrontée à de fortes pressions liées au braconnage, à l’exploitation minière illégale, à la déforestation et à l’insécurité persistante.
Cette décision s’inscrit dans la politique de réforme engagée par Louis Watum Kabamba depuis sa nomination à la tête du ministère des Mines en août 2025. L’ancien président de la Chambre des mines de la RDC et ex-dirigeant du secteur minier plaide pour une meilleure gouvernance des ressources naturelles, fondée sur la traçabilité des minerais, le respect des normes environnementales et le renforcement de l’autorité de l’État dans les zones d’exploitation.
La suspension des activités de Stone Mining SARLU et de Xin Hong Kuan Ye SARL apparaît ainsi comme un signal fort de cette nouvelle orientation gouvernementale, dans un contexte où les exigences de développement économique doivent de plus en plus composer avec les impératifs de conservation du patrimoine naturel congolais.
Chronik’Eco


