La victoire de la République démocratique du Congo face au Bénin (1-0) aurait pu n’être qu’un match d’ouverture maîtrisé par les Léopards. Mais une panne de la VAR, survenue à un moment clé de la rencontre, a rapidement déplacé le débat du terrain vers l’arbitrage. Au-delà du simple fait de jeu, cet incident pose une question centrale : la CAN 2025 est-elle techniquement et institutionnellement prête à assumer l’ère de l’arbitrage vidéo ?
Depuis son introduction progressive dans les compétitions africaines, la VAR est présentée comme un outil de justice sportive, destiné à réduire les erreurs manifestes. À la CAN 2025, la Confédération africaine de football (CAF) a voulu afficher un standard comparable aux grandes compétitions internationales.
Or, la panne constatée lors du match RDC–Bénin rappelle une réalité moins reluisante : la VAR reste dépendante d’une chaîne technique lourde (caméras, transmission, électricité, communication arbitres-régie) qui supporte mal la moindre défaillance. Quand le système tombe, ce n’est pas seulement une décision qui échappe au contrôle vidéo, mais toute la crédibilité du processus qui vacille.

La séquence litigieuse impliquant Chancel Mbembaillustre parfaitement ce problème. En temps normal, une possible main dans la surface appelle presque mécaniquement une vérification vidéo. En l’absence de VAR fonctionnelle, l’arbitre se retrouve seul face à sa décision initiale, sans possibilité de correction.
Ce retour forcé à un arbitrage « à l’ancienne » crée une rupture d’équité : certaines actions sont jugées avec l’assistance technologique, d’autres non. Dans un tournoi aussi court et compétitif qu’une CAN, où chaque point peut décider d’une qualification, cette inégalité de traitement devient explosive.
La frustration des acteurs, des deux camps
L’incompréhension a été partagée aussi bien par les Béninois que par les Congolais. Joueurs et staffs ont reconnu ne pas avoir compris ce qui se passait, ni pourquoi certaines séquences étaient interrompues sans explication claire.
Cette confusion souligne un autre enjeu : la communication autour de la VAR. Quand le public, les joueurs et même les capitaines ne savent pas si la technologie fonctionne ou non, le doute s’installe, laissant place aux soupçons, même en l’absence de mauvaise intention arbitrale.
Sur le plan institutionnel, cette panne intervient au plus mauvais moment. La CAN 2025 est censée incarner une vitrine du football africain moderne, capable de rivaliser en termes d’organisation et de crédibilité avec les grandes compétitions continentales.
Une polémique arbitrale dès les premiers matchs fragilise ce narratif. Elle alimente les critiques récurrentes sur l’arbitrage africain, souvent jugé incohérent ou insuffisamment protégé par des outils fiables. À l’ère des réseaux sociaux et des diffuseurs internationaux, chaque incident est amplifié, disséqué et parfois instrumentalisé.
La question devient alors stratégique : vaut-il mieux une VAR partielle ou pas de VAR du tout ? Certains observateurs estiment qu’un usage intermittent est plus dangereux qu’une absence assumée, car il introduit une forme d’arbitrage à géométrie variable.
D’autres plaident pour un renforcement immédiat des protocoles : meilleure redondance technique, transparence accrue sur les pannes, information officielle en temps réel. Sans cela, la VAR risque de devenir un facteur de tension supplémentaire plutôt qu’un outil d’apaisement.
La panne de la VAR lors de RDC–Bénin n’est peut-être qu’un incident isolé. Mais elle agit comme un signal d’alerte. La CAF n’a plus droit à l’improvisation si elle veut protéger ses arbitres, garantir l’équité sportive et préserver la crédibilité de la CAN 2025.
Sur le terrain, les Léopards ont fait le travail. En coulisses, c’est désormais à l’instance organisatrice de prouver qu’elle peut, elle aussi, être à la hauteur du rendez-vous.


