L’interpellation d’Emmanuel Ramazani Shadari, ancien homme fort du régime de Joseph Kabila et actuel secrétaire permanent du PPRD, marque un moment politiquement chargé dans la trajectoire institutionnelle de la République démocratique du Congo. Longtemps protégé par un système qu’il a lui-même contribué à structurer et à durcir, l’ex-ministre de l’Intérieur se retrouve aujourd’hui placé en garde au secret, à l’issue d’une opération sécuritaire aussi spectaculaire que silencieuse sur le plan officiel.
Ce silence pose problème. Car si l’homme a été, hier, l’un des visages les plus assumés d’une gouvernance autoritaire, cela ne saurait justifier, aujourd’hui, un traitement en dehors des règles de l’État de droit. Le fait que l’opération aurait été décidée dans le cadre du Conseil national de sécurité (CNS), sans communication judiciaire claire, réveille de vieux démons : ceux d’un État où la force précède le droit et où la procédure s’efface derrière la décision politique.
La question n’est donc pas de savoir si Emmanuel Ramazani Shadari doit répondre de ses actes passés. Sur ce point, l’exigence de reddition des comptes est légitime, attendue et même nécessaire. La vraie question est celle du comment. Une justice crédible ne se rend ni dans l’opacité ni dans la confusion des rôles entre services de sécurité et autorités judiciaires. Elle s’exerce dans la transparence, le respect des droits de la défense et l’indépendance des institutions.
À défaut, le risque est grand de voir cette interpellation s’inscrire dans une logique de revanche politique plutôt que dans une dynamique de refondation de la gouvernance. La RDC ne peut pas prétendre tourner la page des abus du passé tout en recyclant les mêmes méthodes, simplement appliquées à de nouveaux acteurs. Une alternance de visages ne constitue pas une rupture de système.
L’affaire Shadari agit ainsi comme un révélateur. Elle met à l’épreuve la sincérité du discours officiel sur la lutte contre l’impunité et la consolidation de l’État de droit. Soit le pouvoir actuel démontre, par des actes conformes à la loi, qu’aucun citoyen n’est au-dessus de la justice — ni hier, ni aujourd’hui —, soit il confirme que le pays reste prisonnier d’une gouvernance où la force politique dicte encore le tempo judiciaire.
Dans cette épreuve, ce n’est pas seulement le sort d’un homme qui se joue, mais la crédibilité même de l’État congolais et de ses institutions.
Olivier Kaforo/CHRONIK’ECO


