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Économie

RDC : reddition des comptes, le premier président de la Cour des comptes dépassé par les chiffres

TRIBUNE – En présentant le rapport sur la reddition des comptes pour l’exercice 2024 le lundi 10 novembre 2025 à l’Assemblée nationale, le premier président de la Cour des comptes, M. Jimmy Munganga, voulait donner une leçon de rigueur. Il a surtout offert un spectacle navrant : celui d’une institution censée veiller aux finances de la République, mais incapable de maîtriser les règles élémentaires de l’exécution budgétaire.

Entre confusions budgétaires, erreurs méthodologiques et incompréhension flagrante des mécanismes financiers de l’État, le rapport a frôlé l’amateurisme. L’orateur, censé veiller à la bonne exécution des dépenses publiques, a donné plutôt l’image d’un contrôleur perdu dans ses colonnes Excel, confondant ordonnancement, urgence et déficit comme on mélange les cartes d’un jeu qu’on ne maîtrise plus. À la Cour des comptes, la rigueur semble avoir pris congé. «Comment expliquer que le président d’une institution aussi honorable confonde à ce point  ordonnancement et urgence, additionne les erreurs et multiplie les approximations ?», se désole un député. Entre ignorance des règles budgétaires et incapacité à lire un compte du Trésor, l’homme s’est illustré par une série de confusions dignes d’un mauvais manuel de comptabilité. Quand la Cour des comptes devient la cour des méprises, c’est tout le sérieux institutionnel qui en prend un coup.

Des dépenses “sans ordonnancement” qui ne tiennent pas la route

Première confusion majeure : la Cour affirme que sur un total de 33 641 milliards de francs congolais dépensés au titre du budget général, 11 063 milliards, soit 32,9 %, auraient été exécutés sans ordonnancement préalable. Une accusation grave — mais fausse.

En réalité, aucune dépense publique ne peut être exécutée sans l’ordonnancement du ministre des Finances, y compris celles engagées en procédure d’urgence. La Cour semble ignorer que les dépenses d’investissement financées par des partenaires extérieurs (emprunts ou dons multilatéraux et bilatéraux) ne transitent pas par le Compte général du Trésor. Ces fonds sont directement versés aux unités de projet des ministères sectoriels, sous la supervision des bailleurs de fonds.

Autrement dit, le rôle du ministère des Finances se limite à la signature des accords de prêts et de dons ratifiés par le Parlement, tandis que les audits sont réalisés par les partenaires eux-mêmes pour s’assurer de l’usage correct des fonds. La confusion de la Cour provient donc d’une méconnaissance flagrante de ce circuit budgétaire.

Des dépenses d’urgence mal comprises

Deuxième dérapage : la Cour estime que les dépenses d’urgence se chiffrent à 5 315 milliards CDF, soit 15,8 % des dépenses totales.
Or, ce calcul repose sur plusieurs erreurs manifestes. La Cour a notamment intégré dans son total un montant reporté de décembre 2023, qui n’a pourtant rien à voir avec l’exercice 2024. Elle a également utilisé le mauvais dénominateur, prenant en compte l’ensemble des dépenses budgétaires (33 641 milliards) au lieu des 28 055 milliards réellement ordonnancés par le ministre des Finances, après déduction des financements extérieurs.

Si l’on applique la méthode correcte, les dépenses en urgence représentent 18,9 % des dépenses payées, et non 15,8 %.
Pire encore, la Cour continue d’affirmer que ces dépenses atteignaient 51,2 % en 2023, alors que le sous-compte du Trésor “dépenses en urgence” indiquait clairement 4 189 milliards CDF, soit 18,3 % du total. Ces chiffres fantaisistes, jamais justifiés, laissent planer un doute sur la compétence technique des rapporteurs.

Quand la Cour confond les investissements

Troisième approximation : la Cour des comptes semble mélanger les catégories d’investissements. Elle n’a pris en compte que les 1 704 milliards CDF d’investissements du pouvoir central, oubliant que les investissements sur ressources propres incluent également ceux des provinces, du Fonds de péréquation, de la contrepartie des projets et des cessions d’actifs miniers.

Cette omission majeure fausse complètement l’analyse budgétaire et donne une image réductrice de l’effort national d’investissement. Une erreur de compréhension qui montre, là encore, un manque d’assimilation du fonctionnement global des finances publiques congolaises.

Des chiffres d’emprunt mal interprétés

Quatrième confusion : selon la Cour, le recours à l’emprunt sur le marché financier local aurait généré 4 690 milliards CDF, soit 2,23 % du PIB. Mais la Banque centrale du Congo, dans sa note de conjoncture économique, indique des émissions nettes réelles de 2 042 milliards CDF en 2024.

La Cour a en réalité confondi le stock total de la dette (bons et obligations du Trésor) avec l’encours annuel des émissions, deux notions pourtant distinctes.

Au lieu de se référer aux données officielles de la Banque centrale — publiques et facilement accessibles —, elle a extrapolé à partir du Compte général du Trésor, en tirant des conclusions totalement erronées. Résultat : un rapport incohérent, basé sur des chiffres qui ne résistent pas à la vérification la plus basique.

Un déficit budgétaire calculé à vue

Enfin, le comble de la confusion concerne le calcul du déficit budgétaire.
Dans son rapport, la Cour mélange allègrement recettes, emprunts et dépenses, sans distinguer le solde budgétaire intérieur du déficit total. En intégrant les emprunts dans les recettes, elle fausse complètement la mesure de l’endettement annuel du pays.

Ces erreurs conceptuelles, d’un niveau pourtant élémentaire, révèlent une incompréhension inquiétante de la mécanique budgétaire. Pour une institution censée incarner la rigueur financière de l’État, le constat est alarmant : la Cour des comptes semble avoir perdu sa boussole comptable — et avec elle, une partie de sa crédibilité.

Une Cour à réformer d’urgence

Entre approximations, confusions et méconnaissances techniques, le premier président Munganga a livré un rapport qui fragilise sa propre autorité morale. Au lieu de servir d’instrument de transparence, il a exposé la Cour au ridicule d’une institution incapable de maîtriser les notions qu’elle prétend contrôler.

Dans un pays qui a besoin d’un contrôle rigoureux de la dépense publique, il est sans doute impérieux de doter la Cour des comptes d’une direction à la hauteur des enjeux qui sont les siens, et qui maîtrise et intériorise la première règle du métier : on ne contrôle bien que ce qu’on comprend.

Rhodes MASSAMBA, Journaliste indépendant

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