L’Église du Christ au Congo (ECC) a choisi la voie de la prudence dans le débat grandissant autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo (RDC). Réunie à l’occasion de la 66ᵉ session extraordinaire de son Comité exécutif national, l’institution protestante a appelé, dimanche 7 juin 2026, à privilégier un dialogue démocratique national et inclusif comme préalable à toute initiative de modification de la Constitution.
Dans sa déclaration finale, l’ECC rappelle que toute réforme de la loi fondamentale doit s’inscrire dans le strict respect des dispositions constitutionnelles, notamment celles prévues aux articles 5, 218, 219 et 220. L’Église protestante estime que le contexte politique actuel impose davantage de concertation entre les différentes composantes de la nation afin de parvenir à un consensus sur les grandes questions institutionnelles.
« Une initiative de réforme constitutionnelle, dans le contexte actuel, doit impérativement répondre à l’exigence d’un cadre national inclusif et apaisé »,souligne le document adopté à l’issue des travaux.
S’appuyant à la fois sur les enseignements bibliques et les traditions africaines de règlement des différends, l’ECC invite les acteurs politiques à privilégier la sagesse, l’écoute mutuelle et la recherche du consensus. Elle évoque notamment le symbole de « l’arbre à palabres », présenté comme un modèle de dialogue et de résolution pacifique des conflits.
Au-delà de la question constitutionnelle, l’Église protestante lance également un appel à l’unité nationale et à la réconciliation. Citant l’hymne national congolais, elle exhorte les citoyens à renforcer les liens de solidarité et à privilégier la construction de ponts plutôt que l’érection de nouvelles divisions.
Depuis plusieurs mois, la perspective d’une révision de la Constitution alimente les tensions politiques dans le pays. Des personnalités proches du pouvoir défendent la nécessité d’adapter certaines dispositions de la loi fondamentale aux réalités actuelles, tandis que l’opposition, plusieurs organisations de la société civile et diverses figures politiques mettent en garde contre les risques de remise en cause des équilibres institutionnels instaurés par la Constitution de 2006. Et, cette prise de position de l’ECC, centrée sur la méthode plutôt que sur le fond du débat, suscite déjà de nombreuses réactions.
La question de fond esquivée
Dans ce climat de forte polarisation, nombreux étaient ceux qui attendaient une position plus tranchée de l’ECC. Historiquement, l’Église protestante a souvent joué un rôle majeur lors des grandes séquences politiques du pays, notamment durant les périodes de transition et les crises électorales. Son influence morale lui confère une place particulière dans le débat public.
Or, la déclaration publiée le 7 juin à Kinshasa évite soigneusement de se prononcer sur l’opportunité même d’une réforme constitutionnelle. L’ECC ne soutient donc pas explicitement les initiatives en cours, mais elle ne les condamne pas non plus. Elle se limite à rappeler les exigences de légalité, d’inclusivité et d’apaisement qui devraient, selon elle, encadrer toute démarche de révision.
Cette posture apparaît comme un choix assumé de neutralité institutionnelle. En privilégiant le dialogue plutôt que la confrontation, l’Église semble vouloir préserver son rôle traditionnel de médiateur entre les différentes forces politiques et sociales du pays.
Cependant, pour certains observateurs, cette prudence laisse sans réponse la question centrale qui divise aujourd’hui la classe politique congolaise : faut-il, dans le contexte actuel, ouvrir le chantier d’une réforme constitutionnelle ? En évitant de se prononcer clairement sur cet enjeu, l’ECC entretient les interrogations et laisse chaque camp libre d’interpréter sa déclaration selon ses propres attentes.
Alors que le débat sur l’avenir de la Constitution continue de structurer les rapports de force politiques en RDC, la position de l’Église protestante illustre la difficulté pour les grandes institutions morales du pays de trouver un équilibre entre leur mission de rassemblement et les attentes d’une opinion publique en quête de prises de position plus affirmées sur les enjeux démocratiques majeurs.
CHRONIK’ECO


