La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) affiche une opposition ferme à toute réforme constitutionnelle susceptible de remettre en cause les mécanismes de l’alternance démocratique en RDC. Dans un contexte marqué par les spéculations sur une éventuelle révision de la Constitution de 2006, les évêques catholiques se positionnent comme un rempart contre ce qu’ils considèrent comme un risque de confiscation du pouvoir, relançant ainsi un débat politique aux enjeux majeurs à deux ans de la prochaine présidentielle.
La prise de position de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) contre toute initiative visant à modifier la Constitution marque une nouvelle étape dans le débat politique qui agite la République démocratique du Congo (RDC). Là où l’Église du Christ au Congo (ECC), principale plateforme protestante du pays, est restée prudente et parfois perçue comme ambiguë, l’Église catholique a choisi la clarté : toute réforme constitutionnelle susceptible d’affecter les équilibres démocratiques actuels représente un risque majeur pour la stabilité du pays. Cette sortie des évêques catholiques intervient dans un contexte où les soupçons se multiplient autour des intentions réelles du pouvoir.
Même si, officiellement, aucune proposition de révision de la Constitution de 2006 n’a encore été soumise au Parlement, les déclarations répétées de certains responsables de la majorité présidentielle sur la nécessité d’adapter la Constitution aux « réalités congolaises » ne cessent de raviver les inquiétudes d’une partie de l’opinion publique ainsi que de l’opposition congolaise.
Au cœur des préoccupations de la CENCO se trouve une question qui a bouleversé plusieurs pays africains au cours des deux dernières décennies : celle de la limitation des mandats présidentiels.
Pour les évêques catholiques de la RDC, l’histoire récente du continent démontre que les révisions constitutionnelles destinées à prolonger le maintien au pouvoir d’un dirigeant ont souvent débouché sur des crises politiques, des violences électorales ou une remise en cause de la légitimité des institutions. Même si le président Félix Tshisekedi n’a jamais officiellement annoncé son intention de briguer un éventuel troisième mandat, les prélats semblent considérer qu’il existe suffisamment d’indices pour justifier une mise en garde préventive. Leur position repose sur un principe simple : la Constitution ne doit pas être modifiée pour servir des intérêts politiques conjoncturels.
Une Église catholique fidèle à son rôle de contre-pouvoir moral
L’histoire politique de la RDC montre que cette posture de la CENCO n’est pas nouvelle. Depuis la Conférence nationale souveraine des années 1990 jusqu’aux manifestations contre le maintien de Joseph Kabila au-delà de son mandat constitutionnel, la CENCO s’est régulièrement imposée comme l’une des principales voix critiques face au pouvoir politique. Présente dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’encadrement social, l’Église catholique en RDC bénéficie d’un réseau couvrant l’ensemble du territoire national. Ses prises de position dépassent souvent le cadre religieux pour devenir de véritables événements publics.
La fermeté affichée aujourd’hui rappelle d’ailleurs les tensions observées entre la CENCO et le régime Kabila lors des négociations de l’Accord de la Saint-Sylvestre en 2016. À l’époque déjà, les évêques avaient plaidé pour le respect des délais constitutionnels et de l’alternance démocratique.
À l’inverse, la position de l’Église du Christ au Congo (ECC) apparaît plus nuancée. Certains responsables protestants ont évoqué la nécessité d’un débat national sans fermer totalement la porte à une éventuelle réforme constitutionnelle.
Cette attitude a été interprétée par certains observateurs comme une volonté de préserver le dialogue avec les institutions. D’autres y voient une prudence excessive face à une question qui touche directement aux fondements démocratiques de l’État.
Cette différence d’approche révèle également une réalité plus profonde : les confessions religieuses en RDC ne parlent plus systématiquement d’une seule voix sur les grandes questions politiques nationales.
À certains égards, réduire le débat constitutionnel à la seule problématique du nombre de mandats serait toutefois simpliste. Certains juristes et acteurs politiques estiment, pour leur part, que plusieurs dispositions de la Constitution de 2006 mériteraient effectivement une actualisation après vingt ans d’application. Les questions liées à la décentralisation, à la répartition des compétences entre le pouvoir central et les provinces, au fonctionnement des institutions ou encore au système électoral figurent parmi les sujets régulièrement évoqués.
Toutefois, pour les opposants à toute réforme dans le contexte actuel, le véritable problème réside dans le déficit de confiance entre les acteurs politiques. Dans un environnement marqué par la polarisation, toute tentative de révision est immédiatement perçue à travers le prisme du maintien au pouvoir.
Ainsi, la déclaration de la CENCO pourrait marquer le début d’une nouvelle confrontation politique entre l’Église catholique et le régime de Félix Tshisekedi. À deux ans de la prochaine élection présidentielle, la question constitutionnelle risque de devenir l’un des principaux sujets du débat public.
En choisissant de se positionner clairement dès maintenant, les évêques cherchent probablement à empêcher qu’un éventuel projet de révision ne gagne progressivement du terrain dans l’opinion. Leur message est avant tout préventif : toute initiative susceptible de remettre en cause les mécanismes de l’alternance démocratique sera scrutée et combattue.
Reste à savoir si cet avertissement influencera la trajectoire politique du pays ou s’il constituera le premier acte d’un bras de fer appelé à s’intensifier dans les prochains mois.
Toutefois, une chose paraît certaine : en RDC, le débat sur la Constitution est désormais redevenu un enjeu central de la vie politique nationale.
Chronik’Eco


