Alors que la Banque centrale salue une hausse des recettes publiques et le raffermissement du franc congolais, le ministère des Finances dénonce une interprétation “erronée” fondée sur des données biaisées. Cette confrontation publique met en lumière les divergences méthodologiques, mais surtout les fragilités de la coordination macroéconomique en RDC, à un moment où la pression sur les équilibres budgétaires s’intensifie.
dernière note de la Banque centrale du Congo (BCC) dépasse la simple querelle institutionnelle. Elle met en évidence les tensions structurelles qui persistent dans la coordination des politiques économiques, à un moment où la trajectoire budgétaire et la stabilité macroéconomique de la RDC sont soumises à des pressions croissantes.
Dans un communiqué diffusé via son compte X, le ministère a ouvertement contesté l’évaluation positive présentée par la BCC concernant la mobilisation des recettes publiques et l’appréciation du franc congolais à fin novembre 2025. La critique du ministère repose avant tout sur la méthodologie retenue par la Banque centrale. Selon le cabinet Fwamba, la BCC a présenté des performances fiscales « supérieures aux prévisions » en s’appuyant sur des données cumulées incluant des avances fiscales – des paiements anticipés réalisés par certains contribuables pour régulariser leur situation. Or, de telles avances, bien que comptabilisées, ne reflètent pas un véritable surplus de recouvrement mais une redistribution temporelle des recettes.
Ce choix méthodologique contribue donc, selon le ministère, à une lecture optimiste qui ne correspond pas à la dynamique réelle de l’exécution budgétaire. La distinction entre recettes réellement mobilisées et recettes anticipées devient critique à ce stade de l’année, alors que le gouvernement doit apprécier sa capacité à financer les dépenses incompressibles de fin d’exercice.
L’autre point de divergence porte sur l’impact du raffermissement du franc congolais. Si la BCC s’en félicite, y voyant un signe de stabilisation du marché des changes et d’efficacité de sa politique monétaire, le ministère des Finances insiste sur les effets indirects de cette appréciation sur les finances publiques.
Dans une économie fortement dollarisée, une part importante des prélèvements obligatoires — droits de douane, impôt sur les sociétés dans certains secteurs, redevances minières — est perçue en dollars. Lorsque le franc se renforce, la conversion de ces recettes en monnaie locale conduit mécaniquement à une diminution de leur valeur nominale en francs congolais. Cette contraction, déjà relevée dans les évaluations du FMI, réduit les marges de manœuvre budgétaires au moment où l’État doit honorer des engagements internes et externes de plus en plus contraignants.
L’épisode illustre également un défi institutionnel plus profond : le manque de synchronisation entre les analyses et les communications de la BCC et du ministère des Finances. Dans un contexte de fragilité économique, ces messages contradictoires brouillent la lisibilité de la politique économique du pays et compliquent la tâche des partenaires internationaux, dont le FMI, qui exige une cohérence accrue dans la conduite des réformes.
La coordination entre la politique budgétaire, qui relève du ministère des Finances, et la politique monétaire, pilotée par la Banque centrale, est pourtant essentielle pour garantir la stabilité macroéconomique. L’absence d’un cadre institutionnel robuste de communication conjointe expose le pays à des interprétations divergentes pouvant amplifier les incertitudes sur les marchés.
Cette controverse intervient à un moment où la RDC doit composer avec plusieurs défis : pression sur les réserves de change, besoins croissants d’investissement public, exigences des programmes avec les bailleurs de fonds, et un environnement international marqué par la volatilité des cours des matières premières. Dans ce contexte, la crédibilité de la politique économique repose en grande partie sur la cohérence du discours institutionnel.
Pour le ministère des Finances, rectifier la lecture de la BCC revient donc à préserver la transparence nécessaire vis-à-vis du Parlement, des investisseurs et des partenaires financiers du pays. Une surestimation des performances fiscales pourrait mener à des engagements budgétaires irréalistes ou à un relâchement des contrôles en fin d’année.
Le ministère a annoncé une communication officielle imminente, qui devrait fournir une évaluation consolidée de la situation budgétaire et des projections pour la fin de l’exercice 2025. Cette clarification sera cruciale pour éviter une amplification des divergences et réaffirmer la ligne stratégique du gouvernement en matière de stabilité financière.
Plus qu’un simple échange technique, cet épisode révèle un enjeu majeur pour la gouvernance économique congolaise : renforcer la cohérence, la discipline et la coordination entre les institutions clés, afin de soutenir une trajectoire économique plus prévisible, plus crédible et mieux alignée sur les impératifs de réforme.
CHRONIK’ECO


