Confrontée dès les premières semaines de 2026 à un déficit supérieur aux prévisions, la République démocratique du Congo voit ses équilibres budgétaires mis à rude épreuve. Entre dépenses sécuritaires en hausse, mobilisation fiscale sous pression et budget en expansion, le gouvernement joue sa crédibilité financière dans un contexte économique incertain.
La République démocratique du Congo (RDC) entame l’exercice 2026 sous une forte tension budgétaire. À peine un mois après le début de l’exercice, les indicateurs financiers traduisent déjà un déséquilibre préoccupant entre recettes et dépenses, confirmant ainsi la fragilité structurelle des finances publiques congolaises.
Au 30 janvier 2026, la situation des opérations financières de l’État affichait un déficit cumulé de 1 037,5 milliards de CDF. Un niveau largement supérieur aux prévisions mensuelles initiales, fixées à 688,2 milliards de CDF. Pour plusieurs spécialistes, ce dépassement précoce illustre l’ampleur des besoins de financement auxquels le Trésor public est confronté dès le premier trimestre.
Les dépenses régaliennes, elles, notamment dans les secteurs de la Défense et de la Sécurité, continuent de peser lourdement sur les équilibres budgétaires, dans un contexte marqué par la persistance des tensions sécuritaires dans l’Est du pays ainsi que par des exigences accrues en matière de logistique et de fonctionnement des institutions.
Pour le mois de février 2026, le gouvernement prévoit de mobiliser 1.953,4 milliards de CDF de recettes. Mais, les dépenses programmées s’élèvent à 2.718 milliards de CDF, laissant entrevoir un déficit mensuel supplémentaire de 764,6 milliards de CDF. Ces chiffres viennent confirmer une tendance préoccupante : même avec un niveau de mobilisation en hausse, les charges de l’État progressent à un rythme plus soutenu. Cette dynamique accentue la pression sur la trésorerie et limite les marges de manœuvre budgétaires.
Signalons qu’en janvier 2026, les régies financières ont mobilisé 1.310,3 milliards de CDF. Un effort significatif, mais insuffisant pour couvrir l’ensemble des engagements publics.
La Direction générale des impôts (DGI) demeure le principal pilier de la mobilisation des recettes internes, notamment à travers l’impôt sur les sociétés, la TVA et les contributions exceptionnelles liées à l’effort de guerre. La Direction générale des douanes et accises (DGDA) elle, s’est vu assigner pour 2026 un objectif ambitieux de 7.472,5 milliards de CDF. Quant à la Direction générale des recettes administratives, domaniales et de participations (DGRAD), elle tente de redresser ses performances après une baisse marquée des recettes non fiscales en 2025, avec une contraction de près de 25 % dans certains segments.
Conscient des enjeux, le ministère des Finances a signé, le 16 février 2026, de nouveaux contrats de performance avec les directeurs généraux des régies financières. Ces accords visent à renforcer la discipline fiscale, améliorer la traçabilité des recettes et accroître le rendement des administrations.
Par ailleurs, il faut noter que l’exercice budgétaire 2025 a laissé des enseignements contrastés. Si certaines institutions ont affiché un niveau de dépenses élevé, les secteurs sociaux eux, ont souffert d’une sous-exécution notable.
Au premier semestre 2025, la Présidence de la République avait déjà dépensé plus de 1.217 milliards de CDF (environ 427,3 millions USD), dépassant ses prévisions annuelles. À l’inverse, en février 2025, le taux d’exécution budgétaire de la Santé plafonnait à 16,5 %, tandis que la Protection sociale atteignait à peine 17,4 %. Seul le secteur de l’Enseignement affichait une exécution plus soutenue, avec un taux d’exécution de 53,6 %. Ces écarts relancent le débat sur la qualité de la dépense publique, la priorisation des secteurs sociaux et l’efficacité de la chaîne budgétaire.
Un budget 2026 en hausse, mais sous surveillance
Adopté à 54.335,7 milliards de CDF (environ 22 milliards USD), le Budget 2026 enregistre une progression de 17 % par rapport à l’exercice précédent. Le Ministère du Budget met en avant une volonté de soutenir la croissance, de renforcer la sécurité et d’améliorer l’offre de services publics.
Parmi les mesures annoncées figurent la réduction des délais d’exécution des dépenses publiques afin de fluidifier les paiements, ainsi qu’un audit complet de la paie des agents de l’État. Cette décision présidentielle fait suite aux retards de salaires observés en début d’année, qui ont suscité des tensions dans plusieurs administrations.
L’année 2026 s’annonce donc comme un test majeur pour la gouvernance financière du pays. Ceci oblige l’État à concilier plusieurs impératifs : sécuritaires, sociaux et institutionnels, tout en évitant une dérive incontrôlée du déficit.
Dans cette optique, la réussite des contrats de performance signés avec les régies financières sera déterminante. De même, la capacité du gouvernement à mieux planifier et exécuter ses dépenses pourrait contribuer à restaurer la crédibilité budgétaire.
Dans un contexte régional et international marqué par l’incertitude économique, la solidité des finances publiques demeure un facteur clé de stabilité. Pour la République démocratique du Congo (RDC), l’enjeu dépasse les chiffres. Le gouvernement doit donc consolider la confiance, tant des partenaires que des citoyens, dans la gestion des ressources publiques.
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