Selon les projections du Fonds monétaire international (FMI), la République démocratique du Congo devrait afficher en 2026 un produit intérieur brut (PIB) de 123 milliards de dollars, légèrement devant les 122 milliards attendus pour l’Éthiopie. Un écart minime, mais riche d’enseignements économiques.
Derrière ce basculement se cache une réalité simple : la dynamique congolaise repose sur le secteur minier. Le cuivre et le cobalt tirent les exportations, soutiennent les recettes et renforcent la position extérieure du pays. À cela s’ajoutent une relative stabilité macroéconomique et un accès récent aux marchés internationaux, qui consolident la crédibilité financière à court terme.
Mais cette progression s’explique aussi par un facteur souvent sous-estimé : le taux de change. Une monnaie plus stable, voire en appréciation, tend à soutenir mécaniquement le PIB exprimé en dollars. À l’inverse, la libéralisation monétaire engagée en Éthiopie en 2024 a entraîné une dépréciation de la devise, réduisant la taille de son économie en dollars, sans nécessairement refléter un affaiblissement de sa dynamique interne.
C’est ici que la lecture devient plus subtile. Le PIB est un indicateur de production, un agrégat macroéconomique. Il mesure la richesse créée, mais pas la manière dont elle est distribuée ni retenue dans l’économie. Or, les structures productives des deux pays diffèrent profondément.
La RDC reste largement dépendante de l’exportation de matières premières. Une partie significative de la valeur générée est captée à l’extérieur, à travers les dividendes, les services spécialisés ou les charges financières. Cette configuration limite l’effet d’entraînement sur le reste de l’économie.
L’Éthiopie a développé un modèle plus intégré. L’État y joue un rôle structurant, avec des entreprises publiques stratégiques comme Ethiopian Airlines. La transformation locale et la rétention de la valeur y sont plus importantes, ce qui soutient une dynamique interne plus diffuse, même si elle se traduit moins rapidement dans les comparaisons en dollars.
Ce décalage renvoie à une distinction essentielle entre les agrégats macroéconomiques et les indicateurs de développement humain.
Pour les experts, le PIB total peut progresser sans amélioration proportionnelle du revenu par habitant, de l’accès aux services de base ou du bien-être global, dimensions captées notamment par l’Indice de développement humain.
Grosso modo, le dépassement de l’Éthiopie par la RDC marque une étape symbolique dans la hiérarchie économique africaine. Il reflète une insertion accélérée dans les chaînes de valeur mondiales et une capacité à capter des flux financiers internationaux.
Mais au-delà du classement, préconisent les experts, le défi pour l’économie congolaise reste à transformer cette croissance en prospérité tangible. Car en économie, concluent-ils : « la taille ne fait pas tout. Ce qui compte, c’est ce qui reste réellement dans l’économie, et surtout, ce qui parvient jusqu’à la population. »
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