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RDC : Eurobonds, les députés veulent voir clair

La première émission d’eurobonds de la République démocratique du Congo, saluée comme un succès sur les marchés internationaux, suscite des interrogations au Parlement. Le député Guy Mafuta Kabongo exige du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, des clarifications sur la légalité et les conditions de cette levée de fonds de 1,25 milliard de dollars.

La première sortie de la République démocratique du Congo (RDC) sur le marché international des eurobonds, qui a permis de lever 1,25 milliard de dollars américains, marque sans conteste un tournant dans la stratégie de financement de l’État. Présentée par le gouvernement comme une percée majeure traduisant le retour de la confiance des investisseurs, cette opération n’échappe toutefois pas au regard critique du Parlement. À l’initiative du député national Guy Mafuta Kabongo, une question d’actualité a été adressée le vendredi 10 avril 2026, au ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde. Si l’élu de Tshikapa reconnaît le caractère ambitieux et symbolique de cette levée de fonds, il met en doute la régularité juridique de l’opération et appelle à un exercice de transparence. Pour ce faire, une interrogation frontale sur la légalité de l’emprunt. Au cœur de l’interpellation figure la conformité de l’émission aux dispositions de la loi relative aux finances publiques.

Le député Guy Mafuta s’appuie notamment sur l’article 108, qui conditionne l’entrée en vigueur de tout emprunt public à une autorisation préalable par voie législative. Pour le président de la Commission économique et financière (ECOFIN) de l’Assemblée nationale, il ne s’agit donc pas d’un simple détail procédural, mais d’un principe fondamental de gouvernance budgétaire.

« Le recours à l’endettement extérieur engage durablement l’État et les générations futures. Il ne peut se faire en dehors du cadre légal », soutient-il, exigeant du ministre des preuves formelles de l’autorisation parlementaire.

Une exigence qui renvoie à un enjeu plus large, celui du respect de la chaîne de la dépense publique et du contrôle démocratique des finances de l’État, dans un contexte où la transparence budgétaire reste un défi majeur.

Au-delà de la base juridique, l’élu du Kasaï élargit le champ de ses préoccupations aux caractéristiques techniques de l’opération. Il attend du gouvernement par le truchement du ministre des Finances, des éclaircissements précis sur le taux d’intérêt consenti, la maturité de l’emprunt, ainsi que les conditions globales de remboursement. Une attention particulière est également portée à l’identité des souscripteurs.

Le député Guy Mafuta évoque l’article 15 de la loi relative aux finances publiques, qui proscrit la participation des banques commerciales à ce type d’opérations, soulevant ainsi la question d’une éventuelle violation de cette disposition.

Dans un environnement financier international complexe, où les émissions souveraines peuvent mobiliser une diversité d’acteurs – fonds d’investissement, banques d’affaires, gestionnaires d’actifs – la traçabilité des souscriptions devient un enjeu de crédibilité et de conformité réglementaire.

Un succès indéniable sur les marchés internationaux

Malgré ces zones d’ombre, l’opération affiche des indicateurs de performance remarquables. Selon le ministère des Finances, l’émission a suscité un engouement massif sur les grandes places financières, notamment à Londres, Paris, New York et en Asie.

Les offres des investisseurs auraient atteint 5,3 milliards de dollars américains, soit plus de quatre fois le montant retenu, témoignant d’une forte sursouscription. Parmi les institutions ayant manifesté leur intérêt figurent des acteurs majeurs de la finance mondiale tels que BlackRock, Morgan Stanley, Amundi, JPMorgan Chase et PIMCO.

Pour l’exécutif national, cette dynamique traduit un regain de confiance envers la signature financière de la RDC, longtemps perçue comme risquée. Elle serait également le fruit des réformes économiques engagées ces dernières années, visant à stabiliser le cadre macroéconomique et à améliorer la gouvernance des finances publiques.

Au-delà des chiffres, cette émission d’eurobonds constitue un test grandeur nature pour la crédibilité du pays, tant sur le plan économique qu’institutionnel. Si elle ouvre de nouvelles perspectives de financement pour les infrastructures et les projets structurants, elle impose également une discipline accrue dans la gestion de la dette.

Guy Mafuta Kabongo insiste ainsi sur la nécessité de maximiser les retombées positives de cette mobilisation de fonds. Il appelle le gouvernement à détailler les mécanismes envisagés pour soutenir le taux de change, renforcer la monnaie nationale, financer les infrastructures prioritaires et stimuler la production nationale.

En filigrane, le débat met en lumière une tension récurrente dans les économies émergentes : celle entre la recherche de financements extérieurs pour accélérer le développement et l’exigence de rigueur dans le respect des normes juridiques et institutionnelles.

Vers un débat parlementaire plus large ?

L’interpellation du député pourrait ouvrir la voie à un débat plus large au sein de l’Assemblée nationale sur la stratégie d’endettement du pays. Dans un contexte où les besoins en financement sont importants, la question de la soutenabilité de la dette et de la qualité des dépenses publiques demeure centrale.

Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais double : capitaliser sur la confiance des marchés tout en rassurant l’opinion et les institutions sur la régularité et la transparence des opérations engagées.

Une équation délicate, à l’heure où chaque décision financière engage non seulement les équilibres économiques du pays, mais aussi la crédibilité de son action publique.

CHRONIK’ECO

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