À Kinshasa, l’écrivain et entrepreneur congolais Obed Tshilomboji appelle à un sursaut intellectuel structuré. À travers l’organisation d’états généraux des technocrates, il propose de doter la République démocratique du Congo (RDC) de véritables cellules de réflexion capables d’orienter les politiques publiques et de stimuler l’innovation.
« Le moment est venu d’organiser des états généraux des technocrates afin de mettre en place des think tanks nationaux », a affirmé l’auteur de Le cœur de Kinshasa, lors d’un entretien accordé aux médias en marge d’un triple vernissage articulé autour de la culture, de l’environnement et du social.
À travers les trois premiers tomes de son œuvre – dont Mukole et Maliza – Obed Tshilomboji développe une approche symbolique du développement. Le premier tome pose les fondations, le second consolide les acquis et le troisième incarne la
maturation et la prise de décision.
Pour l’auteur, cette progression littéraire illustre le chemin que devrait emprunter la RDC : sortir de l’attentisme et préparer l’avenir dès aujourd’hui. « Nous ne devons pas croire que l’avenir se construit une fois arrivés à destination. Il se prépare maintenant », insiste-t-il, dénonçant une culture du report qui freine la transformation structurelle du pays.
Reconfigurer le rôle de l’État et des élites
Au-delà de la littérature, le discours se veut économique et institutionnel. L’écrivain défend une vision où l’innovation et la production émanent principalement du secteur privé et de la société civile, tandis que l’État assure la régulation et l’accompagnement.
« Les politiques administrent. Les innovateurs et les créateurs impulsent la dynamique », résume-t-il, estimant que la RDC souffre d’une inversion des rôles, où l’on attend des autorités qu’elles exécutent directement des tâches opérationnelles plutôt que d’organiser l’écosystème productif.

Ce plaidoyer rejoint un débat récurrent sur la nécessité de renforcer la capacité de planification stratégique, dans un contexte où la diversification économique et la montée en valeur ajoutée restent des défis majeurs.
En parallèle à son projet littéraire, Obed Tshilomboji présente un ensemble d’initiatives économiques portées par sa fondation OTM, avec pour ambition affichée de réduire les inégalités sociales et de stimuler la création de richesse.
Parmi les projets annoncés figure OTM Zando, une plateforme de commerce en ligne dédiée à la valorisation de l’artisanat congolais. L’objectif avancé est ambitieux : générer jusqu’à 100 milliards de dollars sur cinq ans en structurant l’offre locale et en l’ouvrant à des marchés plus larges.
Autre innovation : OTM LIMBA, présenté comme un conditionneur de carburant certifié internationalement, capable de réduire jusqu’à 80 % des émissions de CO₂ et de générer des économies de carburant estimées entre 20 et 40 %. Une technologie qui, selon son promoteur, pourrait positionner la RDC sur le segment stratégique de l’économie verte et des crédits carbone.
Des solutions numériques communautaires, regroupées sous l’appellation OTM Betasho, ainsi qu’une future plateforme académique, OTM Academia, destinée à soutenir les étudiants et la recherche scientifique, viendront compléter cet écosystème.

Un quatrième tome de Le cœur de Kinshasa est annoncé dans les prochains jours, avec deux volumes supplémentaires prévus d’ici 2027. « Sans précipitation, mais avec détermination », précise l’auteur.
Au-delà de la dimension culturelle, le message est clair : structurer la pensée stratégique nationale, encourager l’innovation privée et redéfinir le rôle de l’État dans l’accompagnement du développement. Une interpellation qui s’inscrit dans un contexte où la RDC cherche encore son modèle de transformation durable.
Chronik’Eco


