En plein cœur de Goma, les rebelles de l’AFC/M23 imposent la Bank of Kigali comme unique alternative bancaire. Entre files interminables, frais exorbitants et transferts quotidiens vers le Rwanda, cette installation illégale soulève de vives inquiétudes sur la souveraineté économique de la RDC.
Après l’échec cuisant de la relance de la CADECO, les rebelles de l’AFC/M23 ont trouvé une nouvelle parade : installer une banque rwandaise au cœur de Goma. Désormais, c’est la Bank of Kigali qui tient les cordons de la bourse dans la capitale du Nord-Kivu.
Selon plusieurs sources locales, un guichet de cette institution fonctionne déjà à la Grande Barrière, le poste frontalier entre Goma (RDC) et Gisenyi (Rwanda), dans le même immeuble que la Direction générale des migrations. Une présence jugée aussi audacieuse que provocatrice, qui pourrait coûter cher à Corneille Nangaaet à ses alliés de l’occupation.
Depuis l’entrée des rebelles soutenus par le Rwanda, le Kenya et d’autres puissances, la Banque centrale du Congo (BCC) unique régulateur du secteur bancaire a cessé toute activité à Goma. Résultat : un vide financier qui paralyse les ménages et les entreprises.
La tentative de relancer la CADECO, autrefois présentée comme une solution locale pour soutenir le commerce transfrontalier, a tourné court. Dans ce vide, la Bank of Kigali s’est engouffrée et s’impose désormais comme l’unique alternative bancaire dans les zones sous contrôle rebelle.
Des files interminables, des frais exorbitants
Chaque jour, des centaines de particuliers et même des services administratifs sont contraints d’y déposer leurs fonds. « Je suis arrivé à 9 h 30, je n’ai été servi qu’à 14 h 45 », témoigne un usager.
Tous les paiements se font en dollars américains, avec une commission obligatoire de 5 % sur chaque retrait. Malgré ce coût, l’affluence ne faiblit pas : dépôts et retraits s’accumulent, et chaque soir, l’argent repart… direction Kigali.
Un enjeu de souveraineté
Derrière ce dispositif bancaire se cache une stratégie claire : canaliser les flux financiers de l’Est congolais vers le Rwanda. Une véritable ponction économique dans un contexte déjà marqué par l’insécurité et la crise humanitaire.
Pourtant, la législation congolaise est claire. La loi n° 005/2002 encadrant le secteur bancaire stipule qu’aucune banque ne peut opérer sans l’agrément de la BCC. Les sanctions prévues vont du simple avertissement jusqu’au retrait d’agrément et à l’interdiction pure et simple d’exercer.
L’installation de la Bank of Kigali à Goma s’apparente donc à un camouflet à la souveraineté congolaise. Au-delà d’un simple guichet bancaire, c’est une démonstration de force économique et politique. Reste à savoir jusqu’où cette audace ira… et si Kinshasa se contentera de constater ou décidera enfin de réagir.
CHRONIK’ECO


