Le développement d’une agglomération est tributaire en grande partie, de la disponibilité des matériaux de construction, notamment le ciment gris. Nombreux spécialistes conseille que le ciment gris et autres matériaux fassent partie des produits devant bénéficier d’une fiscalité particulière. Question d’assouplir la situation du marché.
Le prix du sac de ciment gris est désormais revu à la hausse. Un sac de 50 kg se négocie à 33.000 voire 34.000 francs congolais (11,8 USD) contre 28.000 ou 29.000 francs congolais (10 USD) fin décembre 2024. Les distributeurs, dépositaires et autres vendeurs attribuent la hausse de prix du ciment gris à la reconduction de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur le produit depuis début janvier 2025. Une situation qui risque d’impacter négativement les prix intérieurs si elle n’est pas bien gérée.
« De la tournée effectuée par les reporters de Radio Okapi mercredi 22 janvier dans certains dépôts de la partie ouest de la ville de Kinshasa, le prix du sac est diversifié. Il varie entre 33 000 francs congolais pour le ciment multi-usage de teneur 32 et 34 500 francs congolais pour le ciment de béton et mortier à séchage rapide dit de 42. D’après les vendeurs et certains dépositaires, cette augmentation du prix fait suite à la reconduction depuis le début de cette année 2025, de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) fixée à 16% », renseigne le site web de la radio des Nations Unies émettant depuis Kinshasa.
Pour d’autres revendeurs du produit, le ministère de l’Economie avait déjà prévenu sur une éventuelle reconduction de la TVA sur le ciment gris.
« Depuis janvier de cette année, nous nous approvisionnons en ciment avec déjà la TVA de 16%. Depuis décembre, il nous avait été signalé qu’en janvier la TVA sera réintroduite. Actuellement nous vendons à 11.7$. Avant c’était 9.8$. Donc, c’est à cause de la TVA que le prix a augmenté », explique un vendeur de ciment non autrement identifié.
Paiement de taxes, une obligation
En février 2024, Vital Kamehre Rwakanyingini Kingi alors ministre de l’Économie nationale, avait lors d’un conseil des ministres, relevé la question de l’augmentation du prix du ciment depuis janvier 2024. D’après lui, la réintroduction de la TVA à 16% suspendue auparavant et une série d’augmentations d’autres taxes avaient engendré cette hausse. Ainsi, avait-il recommandé la reconduction de la mesure de suspendre la perception de la TVA.
Avril 2022, le ministère de l’Economie nationale avait rendu public un arrêté portant suspension pour 12 mois de la perception de la Taxe sur la valeur ajoutée sur la vente du ciment gris produit localement. Cette mesure était prorogée jusqu’au 31 décembre 2023.
En RDC, particulièrement à Kinshasa, la crise de ciment gris à déjà plusieurs fois secoué le marché. Quelques fois, la situation a été sauvée par l’autorisation de l’importation du produit. L’arrêt de ^production de certaines usines du ciment n’a pas facilité la tâche aux nombreux consommateurs.
En 2020 par exemple, le ministre congolais du Commerce extérieur, Jean-Lucien Bussa, avait autorisé l’importation annuelle de 100.000 tonnes de ciment gris du Congo-Brazaville pour combler le déficit de 400.000 tonnes de l’offre sur le marché dans le Grand Équateur, la Grande province Orientale et le Grand Kasaï (ouest de RD Congo). A l’époque, il a affirmé avoir limité le quota des importations à 100.000 tonnes l’an par rapport aux besoins annuels des 13 provinces du bloc Ouest estimés à 400.000 tonnes, soit 30.769 tonnes par province par an.
Officiellement, la décision du ministre du Commerce extérieur était perçue comme celle qui contribuerait à pénétrer le marché intérieur et baisser le prix de ce produit ainsi qu’à préparer la RDC à accéder au marché de libre échange par une mise en équilibre avec l’industrie locale.
« Il est temps de rendre l’industrie locale compétitive face aux défis de libre échange qui s’annoncent. Ce qui équivaut à la liberté de produire et de vendre pour les économies africaines et mondiales », avait déclaré le ministre du Commerce extérieur.
Janvier 2021 était la date prévue pour l’intégration de la RDC dans la zone du libre échange africain. Ainsi, les barrières douanières des pays africains devraient être assouplies en vue de leur permettre d’interchanger les produits, en application des réformes courageuses attendues pour rendre l’industrie locale plus compétitive, notamment à travers une politique fiscale et douanière attractive.
Le ministre du Commerce extérieur de la RDC voudrait donc concilier les liens entre la protection de l’industrie locale et l’obligation d’intégrer le marché de libre échange africain.
Près de 1.000 tonnes
Selon un rapport de la Banque centrale du Congo (BCC), l’industrie du ciment a réalisé une production d’environ 959.088 tonnes en 2019 contre une baisse de consommation chiffrée à 390 279 tonnes, soit 40,69%, susceptible de s’amenuiser davantage en 2020 à cause de la crise consécutive à la pandémie de la COVID-19.
L’industrie du ciment gris étant touchée de plein fouet, la RDC a envisagé, mi-juin, une relance «urgente» des activités de la Cimenterie nationale (CINAT), installée au Kongo Central, dont les activités sont à l’arrêt depuis 2011.
« Parmi les entreprises à relancer urgemment, il y a la Cimenterie nationale. Je suis venu me rendre compte de ce qui se passe. J’ai vu la capacité de production de cette usine qui est de 300 000 tonnes l’an. J’ai vu la carrière dont la capacité est estimée à 18 millions de tonnes de calcaire avec une possibilité d’exploitation de 60 ans. Mais, l’outil de production est à l’arrêt depuis 2011», a expliqué Julien Paluku. L’actuel ministre du Commerce extérieur est d’avis que la relance «rapide» de la CINAT pourra augmenter la capacité de production nationale du ciment et créer plusieurs emplois aux Congolais.